lundi 8 août 2016

Le far west existe encore !

Le beau temps est de retour sur Potosi. Mabel passe nous prendre avec son chauffeur dans un mini-van Toyota qui engloutit passagers et bagages en moins de 2.

Nous partons à l’assaut de la montagne qui emploie 15.000 mineurs et fait vivre toute la ville. La visite passe par un petit cagibi où nous revêtons les combinaisons qui nous permettront de visiter la mine. Casque et lampe frontale, haut et bas imperméables et bottes en caoutchouc.

Nous avons lu de nombreuses choses sur cette mine qui tourne depuis 5 siècles et qui depuis la fin du siècle dernier fonctionne en mode coopératif. Les mineurs sont pour la plupart des ‘socios’ qui buchent la montagne pour 2000 B/mois (300 Euros / 4 fois le salaire mini). Le revers de cette médaille d’argent est que les conditions de travail et son corollaire, l’espérance de vie des mineurs, sont terribles. 

Nous questionnons Mabel sur l’opportunité et l’étique de cette visite qui est aussi une source de revenus et de visibilité pour les mineurs. Elle nous convainc d’y aller, et son profil tout en douceur n’y est pas pour rien. Elle connait les mineurs et leur histoire, ils la connaissent. Elle veut participer au témoignage de cette corporation qui du temps des conquistadores travaillait en tant qu’esclaves et payait même pour ses feuilles de coca.

Aujourd’hui, les mineurs carburent toujours à la coca, augmentée d’alcool à 96° et de diverses substances qui boostent l’efficacité des feuilles de coca, tout en rongeant à coup sûr leur dentition.
Mabel nous entraine d’abord au marché des mineurs à quelques encablures de la mine. Nous y croisons toutes sortes de camelots, comme d’habitude, mais ici, il y a toutes les ‘boutiques’ pour les mineurs auprès desquelles nous achetons des cadeaux pour eux et pour la divinité de la mine qu’il faudra bien payer en échange de sa protection. 

Alcool, clopes locales qu'il faut allumer... L’existence de ces lignes prouve que la divinité nous a bien protégés durant l’heure ou plus que nous avons passée dans sa juridiction.

Le ventre de la mine n’est pas éclairé : trop cher. On y pénètre et on y travaille à la frontale. Les premiers boyaux, raisonnablement hauts de plafond sont bien respirables. Nous croisons des mineurs qui rentrent avec un wagonnet vide qu’ils poussent. Nous les recroiserons à plein et en descente un peu plus tard, et là on se pousse sur les bords ; le train de la mine, où chaque wagon plein pèse plus d’une tonne de minerai ne saurait s’arrêter en descente. Pas de freins de toute façon.
A chaque mineur que nous croisons dans les boyaux, une discussion à l’initiative de Mabel s’engage, qui se termine par la remise d’un cadeau, savamment dosé. Une bouteille de Coca (cola), une paire de gants, des feuilles de coca… Les gars ont 21 ans, 27 ans, 51 ans. Ils travaillent ici pour accumuler un pécule et partir ensuite, du moins le disent-ils, ou bien sont là depuis 20 ans. Nous croisons un homme visiblement seul qui ne creuse plus la montagne mais gratouille le long les rails pour en entretenir le passage. Il travaille des demi-journées, seul, dans le faisceau de sa frontale pour 400 B/mois, le smic, et il est salarié de la mine. On devine ici un système de solidarité avec les plus anciens.

Tous ont cette boule dans la joue, amalgame de feuilles de coca, d’alcool, et de pâte qui leur permet de ne pas manger de la journée : on mange un bon coup le matin et on tient le reste de la journée sur la boule de coca.

La température monte au fur et à mesure que nous nous enfonçons dans la mine.  Mabel nous y perd savamment à chaque patte d’oie. A force de gauches et de droites nous finissions par retomber sur les rails principaux qui nous guident à coup sûr vers le dehors, le jour, le frais. Le fin fond de notre tour était bien plus chaud et oppressant que le début ou la fin.

Nous reprenons le mini-van et fonçons nous changer au local de Mabel. Quelques embrassades plus tard, et un arrêt éclair à l’hôtel pour reprendre nos ‘malettas’ et nous sommes à la gare routière.

Nous achetons toutes sortes de chips et de biscuits, des fruits aussi et nous engloutissons peu ou prou le tout en attendant que notre bus, confortable en apparence ne veuille bien décoller.

La route pour Uyuni est un voyage dans l’espace de l’altiplano. Nous passons des cols à 4900 de nouveaux et des paysages irréels de couleur, de dépouillement, de cactus. Entre la contemplation des paysages et une série de siestes pour tout le monde dans le bus et nous arrivons sur Uyuni, au beau milieu du désert.

Cette ville, située à 3800m d’altitude est une ville du far west comme on peut se l’imaginer. Une rue principale bien large, poussiéreuse à souhait et balayée par le vent. Des commerces sommaires de part et d’autres. Les 4X4 et des camions loin d’être neufs qui parcourent l’avenue ne sont ralentis que par les irrégularités de la route. 
Notre hôtel, grande bâtisse jaune est au bout de cette avenue principale, 5, peut-être 10 minutes de marche pour atteindre l’hyper centre où les cafés, pizzerias et autres hôtels restent éclairés à la lumière des néons. Trip Advisor nous laissait penser qu’il y avait à craindre de l’établissement mais les 2 chambres contigües que nous y prenons sont tout à fait convenables, les douches chaudes et le wifi très rapide. Nous sommes au bout du far west tout de même.

Un brin de toilette plus tard nous dinons au lithium café. Il faut dire que le lithium est en passe des faire de la Bolivie une sorte d’Arabie Saoudite du XXI siècle. Le précieux métal, nécessaire aux batteries des téléphones et autres ordinateurs portables est en effet présent en immenses quantités en Bolivie et plus précisément dans la région d’Uyuni.

La nuit est tombée quand nous quittons notre Lithium Café. Le sel très présent dans le sol et le froid qui est tombé font penser à des paysages de neige. Quelques photos plus tard, nous sommes au lit. Demain RV pour partir dans le salar d’Uyuni, plus grand désert de sel du monde.

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