Un toit-terrasse de bar-restau, bien surélevé nous permet de nous extraire du tumulte poussiéreux de la rue tout en continuant admirer le lac, ce qui ne manque pas de creuser les estomacs. Les pizzas locales feront l’affaire tandis que nous attendons avec Andres l’arrivée de notre chauffeur et de son mini-van Toyota pour rejoindre La Paz.
Les 50 derniers kilomètres sont une épreuve de 2 heures pour qui est habitué aux routes françaises. Tout est en travaux, quand ce n’est pas le cas c’est que nous traversons les faubourgs de La Paz avec El Alto notamment, ville de briques dont la plupart du million d’habitants était encore dans les campagnes voici moins de 10 ans pour ceux qui ne sont pas arrivés ces derniers jours.
Ici une photo prise le lendemain matin depuis l'avion, mais la réalité de El Alto vue du ciel nous change carrément des paysages insulaires de Titicaca.
Enfer de poussière de soleil le jour et de froid la nuit, le contraste avec la beauté et la quiétude de l’ile du Soleil que nous avons quittée ce matin est saisissant. Hugo évoque des similitudes avec les villes du Burkina qu’il a traversées l’an dernier.
La ville de El Alto touche La Paz. El Alto est encore sur le plateau à 4000m tandis que La Paz, en cuvette, pqrt de 4000 et descend jusqu'à 3000 mètres. Plus on est riche et plus on est bas, question de température, de végétation...

El Alto est une ville du far west. Ceux qui y ont réussi rénovent leurs anciennes maisons dans un style consacré de Baroque-Psychédélique dont un architecte local s’est fait une spécialité (Freddy Mamani). Des façades qui font penser à des immeubles de bureaux, super colorées, méga kitches, énormes de hauteur mais qui n’abritent qu’une famille étalent au grand jour la réussite de leurs propriétaires. Ils ont souvent fait fortune dans le commerce de négoce. Et si on ne crépit pas les côtés c'est pour montrer que la bicoque est en vraies briques !
Le premier niveau de ce qu’il convient d’appeler une maison est consacré à la salle de réception qui peut contenir 2 à 300 personnes. On y donne des fêtes en l’honneur de tel ou tel saint. Les convives sont accueillis par du personnel de sécurité qui en notant leurs noms répertorie le cadeau qu’ils apportent de telle sorte qu’en retour la maitre de ces lieux puisse leur faire un cadeau de nature et de taille analogue, un petit quelque chose en plus pour ne pas être en reste.

Mais pourquoi une fois fortune faite ces parvenus ne quittent pas l’enfer du bord de route pour se construire leurs palais en un endroit plus approprié ? Le sens de la communauté et de redistribution (Le Che n'est pas si loin), la nécessité de montrer leur réussite et une forme d’austracisme des habitants des quartiers huppés de La Paz qui ne goutent guère l’arrivée de ces parvenus dans leur secteur. On est toujours le pauvre de quelqu’un.
Nous continuons tant bien que mal à rouler au milieu de ces chantiers de routes, de murs, de poussière. Les gens travaillent au bord de la route, défilent pour la fête nationale qui approche, circulent comme ils peuvent à grand renfort de klaxon bien entendu. Comment un tel bazardos peut-il bien fonctionner, le décor sent la sueur et l’injustice, il sent aussi le travail et la solidarité. Les indications d’Andres sont précieuses, mais ne nous permettent pas tout comprendre bien entendu.
Notre arrivée à l’hôtel se passe bien. Il suffira de prendre notre mal des bouchons en patience et tout ira bien. L’hotel de style colonial est très accueillant (ici une photo du patio sur lequel donnent toutes les chambres). Nos chambres sont très sympas. Pierrick de l’agence de voyage nous accueille tandis que nous nous séparons d’Andres qui a une course en montagne demain (5300 mètres) et qui retourne sur l’ile du Soleil dans 4 jours.
Pierrick est le responsable pour la Bolivie de l’agence de voyage avec laquelle nous avons construit notre périple. Français installé en Amérique Latine depuis plus de 7 ans, il a ouvert le bureau bolivien de l’agence . Nous prenons une bière locale ensemble tandis qu’il nous briefe sur la suite du voyage :
Copieux programme de dépaysement, de villes coloniales, de mines d’argent, de mineurs d’un autre âge, de froid glacial dans le désert salé d’Uyuni, de conseils pratiques et d’histoires sur les blocus locaux. Les blocus sont une tradition bolivienne qui consiste à bloquer le peu de routes du pays et qui de facto obligent les touristes à changer leur programme et à parfois porter leurs bagages sur quelques kilomètres pour s’extraire d’une villes ni train ni avions de raccorde au reste du pays. Nous croisons les doigts. Sur fond de fête nationale, nous espérons égoïstement que les revendications locales attendront la fin de notre parcours pour s’exprimer plus vivement au milieu des routes.
Une vraie bonne douche chaude plus tard et nous retrouvons les enfants pour un diner sur place. Entre la truite du lac, le beef, et l’assiette d’alpaga grillé chacun dévore son plat avec l’appétit que les émotions et les contrastes de ces derniers jours ont creusé bien profondément. Les discussions tournent autour des français qui nous entourent dans le restau et font décidément trop de bruit, mais surtout autour des personnages que nous rencontrons et des impressions rémanentes des jours passés. Bilan comparé des guides que nous avons eu la chance d’avoir depuis notre départ, les étapes qu’on ne referait pas au profit de celles qu’on referait plutôt 2 fois etc...
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